Les lectures d’Emma…

Passionnés de lecture et habitants dans un lieu propice à la détente et au repos, nous souhaitions vous proposer régulièrement des idées de lecture.

Seulement voilà, pas facile de faire un choix, de rédiger une accroche et de vous présenter un livre…. Mais c’était sans compter sur les compétences et le savoir faire d’Emma.

Emma est une jeune libraire passionnée qui tient un blog qu’elle enrichit de ses lectures Au bonheur d’Emma. N’hésitez pas à aller y faire un tour !

Pour vous donner l’eau à la bouche, elle vous invite à découvrir deux romans ci-dessous : Laissez-vous guider par Emma.

LA GOUTEUSE D’HITLER de Rosella Postorino chez Albin Michel

En 1943, dans un Berlin sous les bombes, Rosa vient de perdre sa mère. Mariée à un homme parti au front quelques mois après la cérémonie, elle fuit pour trouver refuge chez ses beaux-parents à Gross-Partsch. Cette bourgade de Prusse Orientale s’avère être la ville abritant le quartier général secret du dirigeant belliqueux du pays. 

Un matin, Rosa est enlevée de manière inattendue et amenée à la caserne jouxtant la wolfsschanz (dite « tanière du loup »), accompagnée de neuf jeunes femmes de son âge. Toutes ont la faim qui leur tord les entrailles et la peur qui écarquille leurs yeux. On leur demande – on leur impose – de faire les cobayes en mangeant les plats qu’on leur jette sur la table avec fracas. Il n’est nulle besoin de préciser que le choix n’est pas une de leur options. Elles seront goûteuses pour le compte du dictateur, de plus en plus paranoïaque. 

S’ensuit une fresque sociale, que l’autrice décide de ponctuer de petites ellipses temporelles comme souvenirs brusques et souvent nostalgiques, dans laquelle l’on peut suivre les amitiés naissantes, les complots, la vie quotidienne des petites gens et la propagande, la démagogie toujours plus présente. 

Ce roman nuance la vision manichéiste de cette seconde guerre mondiale et teinte ses personnages d’humanité. Elle nous emmène habilement suivre un lieutenant SS que l’on adore détester, une jeune juive dont la force nous subjugue, une baronne dont la légèreté nous étonne, et des moments de vie parfois durs à encaisser. 

JE PENSE TROP (Comment canaliser ce mental envahissant) de Christel Petitcollin chez Trédaniel 

Vous êtes vous déjà demandé pourquoi vos pensées partent dans tous les sens ? Pourquoi certains blocages face à des problématiques pourtant simples d’abord se sont développées avec le temps ? Et comment vos émotions semblent décuplées dans certaines situations ? 

Christel Petitcollin, thérapeute et conseillère en développement personnel, expose le fonctionnement des cerveaux surrefficients, appelés cerveaux droits. Elle développe l’hypersensibilité, la culpabilité à outrance, la dissociation due au stress et à l’incompréhension entre autres sujets pertinents pour les personnes souvent prises au doute et ne trouvant pas toujours leur place dans notre société actuelle. 

Non seulement ce livre expose le pourquoi du comment, mais il apporte également des solutions à appliquer au quotidien pour enfin, mieux canaliser ce mental pesant. 

 

Rien ne s’oppose à la nuit de Delphine de Vigan (Livre de poche)

Delphine de Vigan nous a habituée à des textes profonds et qui nous questionnent. Avec ce roman biographique publié en 2011, l’autrice nous emmène plus loin encore, aux origines d’une folie qui la dépasse. 

Le récit est divisé en deux parties, la première étant l’enfance de Lucille (la mère de Delphine) au sein d’une fratrie de neuf enfants nés d’un couple modeste. Georges et Liane aiment leurs enfants d’un amour inconditionnel mais tiennent par dessus tout à sauver les apparences dans une société en développement, et vivent bien au dessus de leurs moyens. Lucille, quant à elle, cherche à trouver sa place… Et c’est de là que part la deuxième partie de ce roman, qui nous fait comprendre la raison d’être de l’histoire. 
Nous sommes bien des années plus tard; Lucille a rencontré Gabriel et a fait naître deux petites filles. Mais Gabriel disparait, et Lucille perd pied. Peut-être est-elle trop libre, pas assez responsable ? Un élément nous est alors révélé, et tout en découle.

La petite Delphine nous raconte avec force et fragilité les origines de la perte de raison de sa mère, jusqu’à sa fin tragique et comment deux petites blondes ont géré cette famille décousue. 

Un roman poignant, vrai, authentique, fort et qui ne saura vous laisser de marbre. Un coup de coeur puissant, que je ne saurai que trop vous conseiller. 

« Je ne me suis jamais vraiment intéressée à la psychogénéalogie ni aux phénomènes de répétition transmis d’une génération à une autre qui passionnent certains de mes amis. J’ignore comment ces choses (l’inceste, les enfants morts, le suicide, la folie) se transmettent. Le fait est qu’elles traversent les familles de part en part, comme d’impitoyables malédictions, laissent des empreintes qui résistent au temps et au déni. » 

Et puis Paulette de Barbara Constantine (Calmann Lévy) 

Ferdinand est veuf et vit dans sa grande ferme, acariâtre. Il faut dire que ses enfants sont partis et l’ont laissé seul. Un jour, il roule sur le chien d’une de ses voisines, lui qui pourtant n’allait pas si vite. Il décide alors de le ramener à Marceline et, de fil en aiguille, tout une famille débarque chez lui et s’y installe tranquillement. Plus moyen d’avoir du silence ! Mais la vie fait son chemin dans le coeur de ce finalement si tendre sexagénaire. Et puis, Paulette…
Un roman intergénérationnel, qui donne du baume au coeur et nous fait sourire plus que de raison. Un enchantement.